J'ai rêvé un
jour
Tout en errant à la campagne
Dans un champ de blé
J'ai eu l'idée de m'allonger
N'ayant pas peur des serpents
N'étant pas censé être piqué
Dans un jardin d'Eden
Et sous les murmures des vents
Les têtes des épis berçant
J'ai du fermer mes paupières
Pour avoir la paix
Rien que pour un court moment
C'est alors que vers midi
Je fus réveillé
Et comme d'une tombe sortant
Je vis un visage angélique
Je me suis dit
Sans savoir pourquoi
Dieu, aie pitié de moi!
C'était une fillette
Toute habillée en blanc
Rayonnante de vie
Elle tenait à la main
Un bouquet de coquelicots
De marguerites et du thym
Et tout en éclatant de rire
Elle m'arracha du cou
Mon collier fétiche
Et m'invita à lui courir après
Et encore une fois
Sans savoir pourquoi
J'ai eu du plaisir
A admirer ses chaussettes blanches
Et ses cheveux dans l'air
Flottant, comme la liberté d'un faucon
Je l'ai appelée "innocence"
Quand je l'ai rattrapée
Elle était essoufflée de joie
Et ses yeux brillaient
Qu'à un instant
J'ai cru qu'elle pleurait
Et qu'elle avait cru retrouver
Son père qu'elle attendait
Qui mourut dans la guerre
Et que, sa mort, sa mère
Lui a longtemps cachée
Et sans savoir pourquoi
Je l'ai prise entre mes bras
Et décrivant un cercle vicieux
Je l'élevais vers les cieux
Tout en criant "Ô mon Dieu"
Pourquoi cette souffrance?
C'est alors que j'entendis
Les grognements de mon chien
Qui tout en ayant faim
Me rappela que c'est déjà le matin
C'était un dimanche et heureusement
Travail n'est point
Et en bon jardinier
J'ai pensé cueillir des roses
Inutile de préciser que mon rosier
Etait de quatre saisons
Et ma première
Avait une belle silhouette
Sa tête était rouge feutré
Qui me rappela le costume de Dracula
Mais sans parfum aucun
Son corps était couvert d'épines
Je n'arrivais point à la contempler
Et mes doigts saignants
Je me suis demandé
A qui vais-je l'offrir?
Cette chienne de vie
Que de figurants!




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