je lis toujours
les pages blanches des livres
les premières pour la naissance
les dernières pour la mort
il me faut pour vivre
inventer des refuges
des îles sur un carnet de poche
une barque à l'envers
au milieu des orages
une mer au fond d'une garde-robe
une remise à rêves
prêt des bennes à ordures
il me faut recoudre aux anges
damnés leurs ailes de fortune
et mettre le couvert
pour d'invisibles amis
je suis né près d'une voie ferrée
les trains de mon enfance
je les entends encore
traverser mon sommeil
la mémoire est une brocante
étrange
je me souviens
du baiser de ma mère
avant de m'endormir
de l'odeur du cheval
qui nous livrait la glace
des cerises à robe rouge
des mains des marionnettes
où fuse la magie
des grands yeux doux
d'un suisse
dans la fourche d'un arbre
de l'odeur qui émane
des bulles de chocolat
de la vitesse des flippers
du goût de la première neige
avant qu'elle ne tombe
du feu sur la montagne
……………
les pierres sont
plus vieilles que les hommes
celles que j'ai dans la poche
ont plus de dix mille ans
je les touche
quand je fais la grosse tête
je voyage dans le miel
le cerfeuil et le thym
je me saoule de vent
de soleil et de pluie
j'ajoute les couleurs
aux toiles d'araignée
quand je marche
des heures à travers la campagne
je deviens capitaine
je navigue sur une mer végétale
je me laisse porter
par une tempête de foin
je sauve du naufrage
un équipage de pommes
attelé sur un arbre
un vieux radeau de branches
un râteau
une pelle
un nid abandonné
sur le bord d'un fossé
sous la tente des draps
j'invite une sirène
je ne sais pas nager mais
je dresse ma queue
je donne à l'espérance
une poignée de main
avec des bras d'épouvantail
je fais une accolade
au rire des oiseaux
le pipi du matin
me ramène à l'enfance
Nom d'un loup, qu'est-ce que
c'est beau!
Comme je l'ai lu .....
extrait de « pages blanches » de Lafreniere
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